lundi 25 février 2008

And The Oscar Goes to...


Soirée d’Oscars à Hollywood. Comme chaque année on se dit que ça n’intéresse personne, mais comme chaque année, on jette un coup d’œil. Cette fois-ci les résultats sont encore décevants mais l’invasion européenne à Hollywood est plutôt drôle. Javier Bardem, Marion Cotillard, Tilda Swinton…autant d’acteurs du vieux continent qui ont raflé un Oscars à la cérémonie.
D’autant plus remarquable si on se souvient (c’est toujours un exercice drôle à faire avec les « oscarisés ») que Swinton est l’égérie de Derek Jarman et qu’elle à fait (à ses débuts, à ses bons débuts, dira-t-on…) des films plutôt conceptuels comme Wittgenstein, Caravaggio ou Edward II. Il en va un peu de même avec Bardem qui a un passé « obscur » avec Bigas Luna (La Teta y la Luna ou Macho) qui ne serait sûrement pas dans le goût du jury. Mais bon, mis à part ses collaborations avec Pedro Almodovar (qui est incompréhensiblement encensé pour tout ce qu’il fait), il faut admettre qu’il mérite la statue pour des films comme Mar Adentro, Los Lunes al Sol, Before Night Falls et No Country For Old Men.
En ce qui concerne Marion Cotillard on peut lui donner ce qu’on veut, elle est toujours juste. Même en Edith Piaf… Mais il faudrait quand même qu’elle calme sa comédie hystérique de petite provinciale éblouie qui découvre la grande ville. Elle en serait que plus magnifique.
Pour No Country…j’ai de gros doutes. C’est un bon film (de loin, pas de meilleur des Coen) mais qui se dégonfle au fur et à mesure que le film avance et que les personnages (sauf peut-être Bardem) se désintègrent. Une bonne aventure psychologique, dans un superbe décor, devient une création pseudo-lyrique avec des relents moralisateurs. J’attends de voir There Will be Blood, mais j’ai des doutes…
Une dernière question avant la liste complète : pourquoi l’oscar au meilleur second rôle à Bardem ? Quel est le rôle principal de No Country for old men, sinon lui ?

Meilleur film : No Country for Old Men
Meilleur acteur : Daniel Day-Lewis, dans There Will Be Blood
Meilleure actrice : Marion Cotillard, dans La Môme
Meilleur acteur dans un second rôle : Javier Bardem, dans No Country for Old Men
Meilleur actrice dans un second rôle : Tilda Swinton, dans Michael Clayton
Meilleur réalisateur : Joel Coen et Ethan Coen, pour No Country for Old Men
Meilleur film en langue étrangère : Les Faussaires (Autriche)
Meilleure adaptation : Joel Coen et Ethan Coen, pour No Country for Old Men
Meilleur scénario original : Diablo Cody, pour Juno
Meilleur film d'animation : Ratatouille
Meilleurs décors : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street
Meilleure photographie : There Will Be Blood
Meilleur mixage son : La Vengeance dans la peau
Meilleur montage son : La Vengeance dans la peau
Meilleure bande originale : Dario Marianelli, pour Reviens-moi

vendredi 15 février 2008

Fin de la grève : le retour des séries

Après plus de trois mois de grève, les scénaristes américains et les chaînes de télévision ont trouvé un accord qui doit permettre de reprendre l’enregistrement de plusieurs épisodes des séries phares qui viennent d’outre atlantique. L’ampleur de la protestation commençait à inquiéter même les plus compréhensifs des fans et menaçait de devenir un véritable casse-tête pour les spectateurs qui n’arrivaient plus à suivre les aventures de leurs héros. Il n’est déjà pas habituel qu’une grève dure si longtemps et soit suivie avec une tel engouement aux Etats-Unis (la dernière remontait à 1988 et posa le problème des droits d’un nouveau support, la VHS) mais, de plus, les dégâts commençaient à être considérables : on estime à près de 2 milliards de dollars les pertes que le mouvement a provoqué, sans compter « l’annulation » (en fait une fausse cérémonie sans la présence des acteurs) des Golden Globes et le danger que couraient les Oscars cette année. Tout semble arrangé avec l’accord auquel sont parvenus le 12 février les producteurs et les scénaristes. Celui-ci prévoit une hausse des revenus de ces derniers de 3% par an mais surtout une augmentation des droits d’auteurs dérivés des contenus Internet et des nouveaux médias numériques, point central dans le déclenchement (et la solution) du conflit.
Mais en plus des retards, des pertes économiques et de l’image chaotique donnée aux millions de spectateurs, la grève a mis à jour un phénomène nouveau et unique en ce qui concerne le monde audiovisuel : la dépendance de plus en plus importante des pays européens vis-à-vis des productions américaines. On connaissait l’hégémonie économique quasi absolue du cinéma US sur le marché, mais il semble évident que cette domination s’étend maintenant aux espaces de fictions télévisuelles. Il suffit pour cela de jeter un coup d’œil à la programmation standard des chaînes généralistes en France et en Espagne : « Les Expert » sur TF1 et Tele 5, « FBI, portés disparus » sur France 2 et Antena 3, « Ugly Betty » sur TF1 et Tele 5, « Lost » sur TF1 et TVE1, « Prison Break » sur M6 et La Sexta…

Mais malgré l’importance du mouvement, les grandes chaînes européennes (à l’exception de quelques chaînes anglaises comme BBC) ne devraient pas trop souffrir de cet arrêt. La raison ? Les épisodes qui sont diffusés actuellement en Europe correspondent à des saisons déjà enregistrées et sorties aux Etats-Unis. Ce décalage, qui a permis une réduction des conséquences dans le vieux continent, renvoie le problème au début de l’année 2009 pour des chaînes comme TF1, M6, Canal + (France et Espagne) ou Tele 5. Mais d’ici là, la fin des saisons, avec de nouveaux épisodes, devraient être enregistrées et donc le problème pourrait disparaître. Le prix à payer pour les producteurs européens ? Il faudrait abandonner le délai actuel, c'est-à-dire que les émissions s’émettraient avec moins de retard part rapport aux Etats-Unis que maintenant.

Mais c’est justement cette temporisation qui est au cœur de bons nombres de questions qui préoccupent les spectateurs aussi bien que les producteurs. En effet une des raisons du malaise des scénaristes étaient qu’ils avaient noté l’importance des nouvelles technologies dans la diffusion des séries actuelles. Que ce soit à travers Internet (en piratant ou en téléchargeant légalement), en DVD ou grâce aux chaînes du câble, une grande partie des nouveaux accros à ces feuilletons n’attendent pas le passage classique sur les chaînes de télévision pour se lancer à voir les nouvelles créations américaines. Une des raisons majeures est sans doute le temps que mettent les séries à arriver dans nos pays et la possibilité qu’ils ont de se procurer ces épisodes de manière quasi instantanée grâce aux nouveaux medias. Cela pourrait expliquer la surprenante importance médiatique qu’a eu la grève en Europe car concrètement, pour un spectateur « classique », rien n’a été bouleversé ces derniers mois et la grève n’a eu aucune retombée visible. C’est qu’en fait les nouveaux fans, les courants d’opinion, les résultats d’une série se mesurent maintenant en grande partie par les réactions qui inondent la toile. Ainsi une série comme Gossip Girl, qui n’a pas encore été diffusée sur des chaînes généralistes européennes et qui a eu des taux d’audiences discrets aux Etats-Unis, a été renouvelée pour la saison prochaine grâce à l’appui qu’elle a reçu sur Internet.


Les télévisions européennes ont aussi compris ce bouleversement des spectateurs et elles sentent peut-être que le mode de diffusion suivi ces dernières années semble intenable à moyen terme. C’est le sens d’une initiative comme TF1 vision, une page web de TF1, qui propose un service de diffusion en VOD (Video sur Demande) et qui a décidé d’émettre la saison 4 de Lost et la saison 2 de Heroes de manière quasi simultanée avec les Etats-Unis. Les épisodes sont ainsi disponibles 24 heures après leur première outre atlantique en téléchargement ou en streaming (visionnage seulement) et en version originale sous-titrée.


Une autre solution envisagée est une sortie en parallèle mais dans des chaînes spécialisées du câble ou de la TNT. Ainsi des séries comme Californication, How I meet your mother ou Men in Trees, qui rencontrent un vif succès aux Etats-Unis, sont déjà sur des chaînes de Digital Plus, comme Fox ou AXN. Même idée chez M6, en France, qui programme ses nouvelles séries (Kyle XY ou Damage) sur les chaînes TNT du groupe. Cela permet de passer les nouvelles créations américaines plus rapidement tout en analysant la réaction du public et la possibilité de l’ « exporter » à un public plus large. Quoi qu’il en soit, il se peut que la grève est mis à jour la vrai relation entre les systèmes audiovisuels américains et européens et, si des conclusions intelligentes sont tirées, il se peut qu’un problème se transforme en une chance de mieux s’adapter aux technologies de l’avenir. Espérons-le en tous cas.